At the Origins of In Living Memory
La genèse de mon roman
Aux origines d’In Living Memory
C’est un ami à qui j’avais soumis mon idée de faire reproduire les coffrets laissés à mes grands-parents pendant la guerre qui m’a suggéré d’en écrire le récit. Sur le moment, l’idée m’a paru irréaliste : je n’étais pas écrivaine. Mais cette idée a germé en moi, jusqu’à devenir une évidence : ces coffrets en bois ne prenaient toute leur valeur symbolique qu’à travers l’histoire dont ils étaient porteurs.
Un petit miracle s’est alors produit : Charles et Esther, le couple propriétaire des judaïca, sont entrés dans ma vie.
Je n’ai eu qu’à les écouter. Ils m’ont livré leurs peurs, leurs angoisses, les incertitudes qui les rongeaient, mais aussi leur amour. Ils m’ont montré leur quotidien, suspendu entre normalité et abomination. Ils m’ont parlé de mon grand-père, cet homme de cœur et d’ouverture, et du moment où ils lui confièrent les trois objets auxquels ils tenaient tant. Ignorants presque tout des conditions de leur voyage, ils étaient pourtant sûrs d’une chose : ils retrouveraient leurs trois trésors, intacts, à leur retour. Charles et Esther incarnent les trois fondements d’In Living Memory : confiance, fidélité et réparation.
Puis c’est Rachel, l’arrière-grand-mère de mes enfants, qui a pris la parole. Elle m’a raconté comment sa vie de petite bourgeoise protégée avait basculé lorsqu’elle s’installa en Palestine. Elle a évoqué son déracinement, sa solitude, ses questionnements, ses regrets. Mais elle m’a aussi transmis sa conviction inébranlable : celle qu’il fallait que les Juifs aient une terre à eux. C’est cette certitude qui lui a permis d’endurer le climat, le travail harassant, la malaria, la faim et la peur — ce quotidien rude partagé avec ses compagnons sionistes.
Yakov, lui, je ne l’avais jamais rencontré. Il s’est imposé avec la sérénité d’un vieux sage, décidé à témoigner de ces Juifs de Jérusalem enracinés depuis toujours, ayant traversé christianisme et islam, puisant dans leur mémoire plusieurs fois millénaire la force de rester fidèles à leur foi.
Enfin, des figures inspirées de mes enfants sont apparues pour achever le roman dans sa troisième partie, nourrie de nos expériences familiales, de mon regard de non-juive proche de la communauté, de mes nombreux voyages en Israël et des rencontres qui, depuis plus de trente ans, ont façonné mon lien à cette mémoire.
Tous ces êtres se sont rassemblés pour tisser ce récit et porter leur témoignage. Ils ont contribué à une double mission : transmettre leurs destins singuliers et offrir au lecteur non-juif une vision claire du judaïsme — ses traditions, sa mémoire, ses enjeux d’hier et d’aujourd’hui.
C’était aussi replacer le sionisme dans sa juste perspective, à une époque où son ignorance nourrit toutes les haines. Lorsque j’ai achevé l’écriture de mon roman, en 2022, je n’imaginais pas à quel point les paroles d’Alma sur l’antisémitisme seraient prophétiques : cela recommencera, en Belgique et ailleurs.
Ces personnages, devenus mes compagnons de vie, s’éveillent désormais dans la conscience de chaque nouveau lecteur. Ainsi, le défi lancé par mon ami est relevé : les propriétaires du coffret sont devenus immortels.
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