Quand la mémoire retrouve son chemin

Publié le 17 septembre 2025 à 12:31

En 2006 Samuel, mon fils aîné, a célébré sa Bar Mitsvah.
C’est ce jour qu’a choisi Aline, ma maman, pour lui confier l’un des trois judaïca remis à ses parents pendant la guerre.

C’était un petit cylindre en bois sculpté, abritant une calligraphie du Cantique des Cantiques. Objet jusqu’alors inconnu de Yad Vashem, il y est désormais répertorié. La coque représente le mont des Oliviers et porte des inscriptions hébraïques. Dans l’un de ses montants, on distingue une minuscule diapositive du Kotel datant de la fin du XIXᵉ siècle. À l’intérieur, le texte calligraphié se déroule sur deux axes, tel un rouleau de Torah, déployant le chant d’amour de Dieu pour son peuple.

Ce jour-là, une grand-mère catholique transmit à son petit-fils juif un judaïca préservé par sa famille pendant des décennies. L’objet retrouvait ainsi sa place dans la communauté juive, témoin silencieux et porteur de la mémoire des disparus.

Lors de cette passation, alors que l’émotion était intense, j’ai ressenti la présence de Charles et de sa femme, que j’ai choisi de prénommer Esther. Une présence invisible mais palpable, muette mais audible. Comme s’ils disaient mazal tov à Samuel, comme s’ils savaient qu’ils ne seraient jamais oubliés. Ils souriaient : le destin leur rendait une part de l’avenir qui leur avait été volé. Est-ce cette même synchronicité qui a voulu que les trois judaïca confiés à leurs amis reviennent, des décennies plus tard, aux trois petits-enfants de ces derniers, élevés dans les traditions juives ? Je le pense.

Quand mes enfants ont fait leur Bar Mitsvah, ils ont endossé une double responsabilité : celle, universelle, de tout jeune Juif appelé à devenir responsable de ses actes, et celle, singulière, de porter la mémoire de Charles et d’Esther, et de la transmettre à leur descendance.

De là est né le projet In Living Memory, dont les trois fils conducteurs, confiance, fidélité et réparation, s’entrelacent pour enraciner la mémoire familiale, la mémoire communautaire et la résilience du peuple juif.

Je ressens qu’à chaque fois qu’In Living Memory touchera un cœur, une part de l’humanité volée sera rendue aux victimes de la Shoah : une voix redonnée aux disparus, et une promesse tenue aux vivants.

 

Ajouter un commentaire

Commentaires

Il n'y a pas encore de commentaire.