Les origines d'In Living Memory : aider à porter la Torah

Published on October 28, 2025 at 4:59 PM

C'est un beau texte — long mais profond. Voici la traduction complète à coller :


Le projet In Living Memory est né d'un éclair d'inspiration, mais il s'est déployé à son propre rythme — un rythme que j'ai dû apprendre à suivre.

Il m'a transformée autant que je l'ai fait naître.

Cette étincelle initiale s'est approfondie au fil de vingt ans de réflexion, de voyages et de maturation — un long chemin nourri par la recherche du sens, de l'intégrité et de la légitimité.

Le projet a pris forme le jour où mon fils aîné, Samuel, s'est vu confier l'un des trois objets judaïca appartenant à un couple juif disparu pendant la guerre — et, avec cet objet, le devoir de mémoire.

Ce jour-là, j'ai compris que la mémoire n'est pas une possession ; c'est une responsabilité.

De cette prise de conscience est née l'idée de recréer les coffrets et de les offrir comme cadeaux de Bar Mitsvah — des réceptacles tangibles de mémoire, porteurs de l'héritage de ceux dont les voix ont été réduites au silence.

Ces trois objets, confiés à mes grands-parents et marqués par la perte, sont devenus bien plus que des reliques : ils sont devenus une question, et progressivement, un appel.

Mais une question persistait : de quel droit — moi qui ne suis pas juive — pouvais-je raconter une telle histoire ?

Lorsque j'ai partagé ce dilemme avec plusieurs rabbins, la rabbine Floriane Chinsky m'a raconté un midrash : quand Dieu a proposé la Torah aux nations du monde, elles ont toutes refusé, trouvant son fardeau trop lourd à porter. Puis Il s'est tourné vers le peuple juif. Mais dans son interprétation, les nations, remplies de remords, ont dit : « Accepte-la, et nous t'aiderons à la porter. »

Puis elle m'a regardée et m'a dit : « Avec ce projet, tu nous aides à porter la Torah. »

Ces mots m'ont profondément émue.

Je ne les ai jamais compris comme une autorisation, mais comme une invitation à la responsabilité. Ce jour-là, j'ai compris que mon rôle n'était pas de porter la Torah, mais d'aider ceux qui la portent à en préserver la lumière — non par imitation, mais par alliance. Non par appartenance, mais par fidélité au sens.

À partir de ce moment, le projet a commencé à prendre forme. Il fallait trouver la forme juste, les matériaux justes, les artisans justes — ceux capables d'unir la main et l'esprit. Ce fut un autre voyage, fait de recherches, d'expérimentations et de rencontres.

Du Maroc à Israël, de la France aux États-Unis, j'ai rencontré des femmes et des hommes de toutes confessions — juifs, chrétiens et musulmans — dont les paroles et les réflexions ont nourri ce chemin. Et c'est à Essaouira, l'ancienne Mogador, que j'ai trouvé le lieu de rencontre de la matière et de l'esprit : des artisans capables de donner vie à ces coffrets avec humilité et révérence.

Travailler avec des artisans musulmans pour redonner vie à des objets juifs autrefois confiés à des catholiques, c'était comme voir l'histoire se guérir elle-même — un dialogue silencieux entre les trois grandes religions qui partagent une racine commune, chacune apportant sa propre lumière au travail de mémoire.

Une autre question demeurait cependant : comment soutenir ce projet sans trahir son essence sacrée ? La réponse est venue lentement, en transformant la mémoire en vie.

Une partie des bénéfices est reversée à une organisation humanitaire en Israël qui soutient les victimes de la violence et les aide à reconstruire leur vie. Ainsi, In Living Memory est devenu plus qu'un hommage ; il est devenu un acte — un refus du silence et de la haine. Une façon de se tenir, humblement mais fermement, contre l'antisémitisme — non par des mots ou des déclarations, mais par l'action, la création et la transmission.

En célébrant la beauté et la résilience du peuple juif, et en tissant des liens entre les cultures, le projet ne cherche pas à clore l'histoire, mais à en réparer les fractures. Il nous rappelle que le souvenir n'est pas une question de culpabilité, mais de responsabilité — et que chaque geste de préservation est, en lui-même, un acte de résistance.

Aujourd'hui, In Living Memory est le fruit d'un voyage partagé — un acte de transmission, un geste de réparation, un message d'espoir. Il relie les peuples, les mémoires et les générations. Il honore ceux qui sont partis et soutient ceux qui continuent.

La Torah est lourde — non seulement pour le peuple juif, mais pour toute l'humanité, car elle enseigne la mémoire, la justice et la dignité. Notre devoir, croyants ou non, n'est pas de nous l'approprier, mais de protéger sa lumière, chacun à notre façon.

C'est ainsi qu'est né In Living Memory : non par appropriation, mais par alliance — par la volonté de marcher aux côtés de ceux qui portent la mémoire, pour que sa lumière ne s'éteigne jamais.

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