Aux origines d’In Living Memory – Aider à porter la Torah
Le projet In Living Memory est né d’une fulgurance, mais il s’est déployé à son propre rythme — un rythme que j’ai dû apprendre à suivre.
Il m’a transformée autant que je l’ai fait naître.
Cette étincelle initiale s’est approfondie au fil de vingt années de réflexion, de voyages et de maturation — un long chemin nourri par la quête du sens, de la justesse et de la légitimité.
Le projet a pris forme le jour où mon fils aîné, Samuel, s’est vu confier l’un des trois judaïca appartenant à un couple juif disparu pendant la guerre — et, avec cet objet, le devoir de mémoire.
Ce jour-là, j’ai compris que la mémoire n’est pas une possession : c’est une responsabilité.
De là est née l’idée de recréer ces coffrets et de les proposer comme présents de Bar Mitzvah — des objets de transmission, porteurs du legs de ceux dont la voix a été effacée.
Ces trois objets, confiés à mes grands-parents et marqués par la perte, sont devenus bien plus que des reliques : ils sont devenus une question — et, peu à peu, un appel.
Mais une interrogation persistait : de quel droit — moi qui ne suis pas juive — pouvais-je raconter une telle histoire ?
En partageant ce dilemme avec plusieurs rabbins, Rabbi Floriane Chinsky m’a raconté un midrash :
lorsque Dieu proposa la Torah aux nations, toutes refusèrent, trouvant le fardeau trop lourd à porter.
Alors Il s’adressa au peuple juif.
Mais, dans son interprétation, les nations, prises de remords, dirent :
« Accepte-la, et nous t’aiderons à la porter. »
Puis elle m’a regardée et m’a dit :
« Avec ce projet, vous nous aidez à porter la Torah. »
Ces mots m’ont bouleversée.
Je ne les ai jamais compris comme une autorisation, mais comme une invitation à la responsabilité.
Ce jour-là, j’ai compris que mon rôle n’était pas de porter la Torah, mais d’aider ceux qui la portent à en préserver la lumière — non par imitation, mais par alliance.
Non par appartenance, mais par fidélité au sens.
À partir de là, le projet a pris corps.
Il a fallu trouver la forme juste, les bons matériaux, les artisans capables d’unir la main et l’esprit.
Ce fut un nouveau voyage, fait de recherches, d’essais et de rencontres.
Du Maroc à Israël, de la France aux États-Unis, j’ai croisé des femmes et des hommes de toutes confessions — juifs, chrétiens, musulmans — dont la parole a nourri ce chemin.
Et c’est à Essaouira, l’ancienne Mogador, que j’ai trouvé ce lieu d’union entre la matière et l’esprit : des artisans capables de donner vie à ces coffrets avec humilité et ferveur.
Travailler avec des artisans musulmans pour redonner souffle à des objets juifs confiés jadis à des catholiques, c’était comme voir l’histoire se réparer d’elle-même — un dialogue silencieux entre les trois grandes religions issues d’une même racine, chacune apportant sa lumière à l’œuvre de mémoire.
Mais une autre question demeurait : comment faire vivre ce projet sans trahir sa dimension sacrée ?
La réponse est venue lentement, en transformant la mémoire en vie.
Les bénéfices sont reversés à une association humanitaire en Israël, qui soutient les victimes du terrorisme et les aide à se reconstruire.
Ainsi, In Living Memory est devenu plus qu’un hommage : un acte.
Un refus du silence et de la haine.
Une manière d’agir, humblement mais fermement, contre l’antisémitisme — non par des mots, mais par des gestes, par la création et la transmission.
En célébrant la beauté et la résilience du peuple juif, en tissant des liens entre les cultures, le projet ne cherche pas à clore l’histoire, mais à en réparer les fractures.
Il nous rappelle que la mémoire n’est pas affaire de culpabilité, mais de responsabilité — et que chaque acte de préservation est, en soi, un acte de résistance.
Aujourd’hui, In Living Memory est le fruit d’un voyage partagé — un acte de transmission, un geste de réparation, un message d’espérance.
Il relie les peuples, les mémoires et les générations.
Il honore ceux qui ont disparu et soutient ceux qui vivent encore.
La Torah est lourde — non seulement pour le peuple juif, mais pour toute l’humanité, car elle enseigne la mémoire, la justice et la dignité.
Notre devoir, croyants ou non, n’est pas de la revendiquer, mais d’en protéger la lumière, chacun à notre manière.
C’est ainsi qu’est né In Living Memory : non de la possession, mais de l’alliance — de la volonté de marcher aux côtés de ceux qui portent la mémoire, pour que sa lumière ne s’éteigne jamais.
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